Gwen Lecoin, présidente de l’association
Jeanne Malivel (1895-1926). Elle est la fille d’Yvonne Malivel, la plus
jeune sœur de Jeanne.
Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette association en 2014 ?
Olivier
Levasseur a écrit un livre consacré à Jeanne Malivel. Il est venu dans
notre famille pour qu’on lui montre ses œuvres. Y compris un coussin. Je
me suis dit, il a disparu, il a été jeté ! Pas du tout. Je l’ai
retrouvé à la cave. Je me suis dit, si on ne fait rien, cela va
disparaître. Comme Jeanne Malivel est morte très jeune, à 31 ans, la
famille a gardé précieusement presque toutes ses œuvres. Il fallait
garder ce patrimoine, faire prendre conscience à la famille que tout ça
avait une valeur patrimoniale. Son œuvre appartient à la Bretagne.
Avant la création de l’association, comment était conservé le travail de Jeanne Malivel ?
Magdeleine
Le Bouffo, qui avait une petite galerie à Loudéac, a conservé la
mémoire de Jeanne Malivel. Il faut lui rendre hommage. Elle disait, je
suis habitée par Jeanne Malivel. Elle avait cette flamme. Décédée il y a
peu, elle a vu la création de l’association. Nous reprenons le flambeau
qu’elle avait tenu pendant des dizaines d’années.
Jeanne Malivel était une femme de caractère, une femme militante, une femme courageuse.
Cette
ténacité, elle la doit sûrement à ses ascendantes qui étaient de fortes
de femmes. De plus, sa famille lui a donné le droit de mener une
carrière. À l’époque, c’était loin d’être évident. Ses parents n’ont pas
vu de problèmes à ce qu’elle aille à Paris, aux beaux-arts. Les
beaux-arts, à l’époque, étaient considérés comme un lieu de perdition.
Jeanne Malivel était parfaitement sérieuse. Ses parents, des commerçants
lettrés, avaient la plus grande confiance en elle.
On dit de l’œuvre de Jeanne Malivel qu’elle est foisonnante. A-t-elle eu le temps d’aller au bout de tous ses projets ?
Ce
qu’elle a fait, elle l’a fait jusqu’au bout. Et bien. Ce n’est pas une
œuvre inaboutie mais interrompue. Les gravures ont une force
exceptionnelle. Par contre, on a perdu tout ce qu’elle aurait pu faire
si elle n’était pas décédée aussi tôt.
Quels étaient ses rapports avec le mouvement des Seizh Breur ?
Elle
ne souhaitait pas créer d’association, cela ne correspondait pas à son
caractère indépendant. Elle avait rencontré les Creston en 1923.
Ensemble ils ont fait le projet du pavillon breton à l’exposition
internationale des arts décoratifs en 1925 à Paris. Ce mobilier est
présenté au musée départemental breton. Dans les groupes il y a souvent
des frictions. Il n’empêche que ça s’est très bien passé. Le pavillon a
été apprécié. Elle a eu un prix pour ses céramiques. Mais en 1925,
Jeanne Malivel commençait à être malade. Elle s’est mariée, elle a
déménagé, elle attendait un bébé… Tout cela a fait qu’elle a été moins
impliquée dans le mouvement. Malheureusement, certains Seiz Breur, au
moment de la guerre, ont pris des positions que Jeanne Malivel aurait
absolument abominées.
Va-t-on découvrir de nouvelles œuvres ?
Il y a des pièces de mobilier extrêmement intéressantes
qui ne sont pas exposées. Elles se trouvent souvent dans la famille.
Nous avons un projet qui nous tient à cœur. Une exposition regroupera
les œuvres de Jeanne Malivel à la bibliothèque Forney (Paris) en 2022.
Le lieu, l’hôtel de Sens en bord de Seine, est magnifique. D’ici 2022,
il pourrait y avoir une grande exposition, dans un musée breton, au
couvent des Capucins (Rennes)… Ce premier colloque permet de mettre tout
le monde au travail et de préparer un nouvel élan.Samedi se tenait au
musée départemental breton, à Quimper, une journée d’étude consacrée à
Jeanne Malivel, organisée par l’association Jeanne Malivel avec le
concours de l’association du musée départemental et de l’association des
amis du musée.
A noter: le recueil de correspondance entre Jeanne Malivel et Anne Le Vaillant est en vente au prix de 10€ à l'accueil du Musée breton, à la galerie Théallet, rue Ste Catherine et dans les librairies de la région.